'Gypsy Electro Swing' : 5 Questions à Eve-Marie Bodet

Découverte électro et jazz UBG.One

Musiques
Published on 07/09/2022 • 5 minutes
An article by Thomas BAUDOIN

Eve-Marie Bodet est violoniste, et compose régulièrement pour la télévision. En cette rentrée elle signe l’album ‘Gypsy Electro Swing’ sorti chez Universal et produit à quatre avec le DJ Ernest Saint-Laurent, Benjamin Farley et Laurent Colombani. Dix pistes pour un disque aux airs de fêtes et de soirées rétro, composé en grande partie des remixes d’un premier album acoustique baptisé ‘Paris Gypsy Swing’. 

 

La force de cet album, c'est un beat ‘Gypsy Electro Swing’  qui rappelle le swing de Parov Stelar et de Caravan Palace. Tout cela nous a évidemment donné envie de poser quelques questions à sa compositrice : 

Salut Eve-Marie ! Parle-nous un peu de toi, c’est quoi ton rapport à la musique électro ?

Depuis petite, même si j’ai fait le conservatoire, j’ai toujours eu la liberté d'improviser. Mon père était pianiste de jazz et nous jouions souvent ensemble toutes sortes de musiques. Le violon est un instrument idéal pour voyager et découvrir d’autres cultures. Je le redécouvre partout où j’ai la chance d'aller, avec à chaque fois, de nouvelles vibrations, de nouvelles techniques instrumentales. La musique électro ne fait pas exception à la règle, c’est juste un nouveau territoire sans frontière, à explorer. C’est ce que je fais en partageant la scène avec différents DJ comme Dita B, Damdistrict, Lalita.k ou en studio, sur des titres d'électro Swing avec Bart&Baker et bien sûr, Busta K pour qui j’ai improvisé les cordes sur le titre « Eats Me up » sorti chez Scorpio Music. 

Côté swing, j’ai eu la chance d’être l’élève de Didier Lockwood, l’une des légendes du violon jazz et grand maître du swing. Grâce à cette rencontre, j’ai pu développer auprès de lui le langage de cette musique joyeuse, poétique et exigeante. Je pense que l’album «Gypsy Electro Swing» est un point de rencontre logique entre ce que je vis sur scène, ce que j’aime composer et les rencontres artistiques que je fais. Certaines arrivent au bon moment.

Avant Gypsy Electro Swing il y a Paris Gypsy Swing sorti en janvier dernier, un album acoustique 100% jazz manouche. Comment vous est venue l’envie d’en faire une version électro ?

L’association avec les DJ est mon quotidien, dans l’équipe que nous formons avec Benjamin Farley et Laurent Colombani, nous avons beaucoup d’atouts et l’un d’eux est le savoir-faire de Benjamin. Il a une carrière incroyable et parmi les pépites qui jalonnent son parcours, il y a notamment ce remix de “Chess” chanté par Krystle Warren.

C’est donc assez logiquement que nous avons eu l'idée de présenter un morceau remixé à Universal dans une version plutôt électro-pop au départ. C’était un premier jet, l’expression d’une envie de prolonger autrement cet album acoustique qu’on avait tant aimé enregistrer. Cela nous amusait d’y ajouter un remix, en fin d'album. Comme un clin d'œil à nos parcours respectifs. Du coup, quand l'équipe d’Universal a entendu ça, ils ont tout de suite eu envie de développer un projet à part entière en nous proposant d’élaborer un album « bis » au premier, avec une direction qui tendrait davantage vers l’Electro-Swing. Nous nous sommes donc accordés sur cette direction et c’est grâce à Universal que nous avons pu rencontrer un spécialiste du genre Electro-Swing : DJ Ernest Saint-Laurent. Le projet était lancé !

Quel a été le rôle d’Ernest Saint-Laurent avant et pendant la préparation de ce nouvel album ?

Une fois que le choix du DJ s’est porté sur Ernest Saint-Laurent, nous lui avons fait une totale confiance dans la réalisation de sa partie remix. N'habitant pas dans la même ville que nous tous, nous avons principalement fonctionné par échange de mails et de fichiers. Comme tous les titres de l’album acoustique ne se prêtaient pas à une version électro, Ernest a proposé d’en composer trois pour compléter l'album. Pour nous, c’était important qu’il participe pleinement à la composition de celui-ci et que l'on trouve une façon de faire un véritable projet commun. 

J’ai enregistré de nouvelles prises de violon dans le studio parisien de Benjamin Farley à « Mercredi 9 » dans ce but. Là où nous avions enregistré l’album acoustique, afin de garder l’unité dans le son de l’album. Ernest a vraiment joué un rôle central dans ce projet et a su donner toutes les couleurs de ce style avec notamment un beau travail sur les filtres et une grande variété de propositions dans la structure des morceaux.

 

Comment travailles-tu avec les autres compositeurs Benjamin Farley et Laurent Colombani ?

Avec Laurent, nous avons la même culture, des goûts très proches et nous nous comprenons à demi-mot. On avance d’instinct. Lui ou moi arrivons en studio avec une mélodie, une grille ou une envie esthétique et nos idées s’élaborent facilement. Quand on trouve qu'une idée n’est pas idéale, on passe à autre chose rapidement. Laurent est très fort. Il a une culture musicale immense, une grande exigence et un savoir-faire impressionnant. Ses prises de guitare sont « redoutables ». 

Composer avec Benjamin, c’est découvrir tout un univers. Il a un parcours riche. Il a composé pour des séries de dessins animés, des campagnes de publicités, des films, des séries TV. Il a des compétences pointues dans pas mal de domaines, notamment dans la réalisation d'albums. Nous avons co-composé ensemble de la musique pour des documentaires et des séries TV principalement pour France Télévision. Là aussi, une grande confiance et une connaissance des points forts de l’autre font que nos échanges d’idées sont fluides.  

Compositeur est un métier souvent solitaire, mais je crois que ce qui fait que nous arrivons à fonctionner à plusieurs, c’est que chacun a de l’estime pour l’autre, que chacun a envie de se renouveler et de partager des idées. 
Savoir « lâcher prise » sur ce qui n’est pas important et « tenir bon » quand ça l’est, c’est grâce à cela que nous menons à bien nos projets. Et comme on s’aime bien tous, ça fonctionne !

Et maintenant, la scène ? Dans quel format penses-tu jouer les morceaux ?

Pour l’instant, ce n’est pas prévu de jouer l’album sur scène dans sa version électro. Même si ce n’est pas exclu, il faut déjà que «Gypsy Electro Swing » trouve son public. On verra bien. En tout cas, on l'espère !

Picture credits © Eve-Marie Bodet l.r.