Découverte UBG.One : rencontre avec Novopol

Pépite techno et minimale made in Lyon

Artistes
Published on 26/10/2022 • 6 minutes
An article by Thomas BAUDOIN

Pendant que certains artistes techno percent et se font enfin un nom dans toute la France (on pense à Calling Marian, Gargäntua, Romane Santarelli…), UBG.One a voulu prendre une longueur d’avance et aller découvrir la prochaine génération ! 

On est donc allé à la rencontre de Novopol, un artiste techno lyonnais complètement mystique qui nous a fait découvrir sa musique et nous a ouvert à son univers.

Tout jeune DJ et producteur aux multiples influences, Paul de son vrai nom, a créé un monde à part où quelques notes et quelques pistes suffisent à vous faire voyager, tout en restant bien sur terre pour taper du pied.

Le 27 septembre dernier il dévoilait son nouveau single ‘Waiting for the moon’. Une track progressive et techno sur laquelle figure la voix de la chanteuse Kenza Taleb.

Thomas, notre rédacteur et reporter est allé à sa rencontre pour en savoir un peu plus sur cet artiste et son univers. 

Waiting for the moon - Novopol, Kenza Taleb


Comment es-tu tombé dans l’électro ?

Mon premier contact avec la musique électronique est venu de mes parents qui ont toujours baigné dans Moby, Daft Punk, Sébastien Tellier, toutes ces références French Touch et un peu Paul Kalkbrenner aussi. Je suis habitué à ce genre de sonorités depuis petit.

Mais j’ai commencé à composer sur des instrus rap. Je voulais suivre le courant de ce qui se faisait déjà mais c’est quelque-chose qui me correspondait un peu moins. Petit à petit, je me suis rendu compte que j’étais à l’aise sur des rythmiques techno, des gros synthés des machines etc.

Tu as commencé à composer à quel moment ?

En fait, j’ai commencé à composer au lycée en 2016-17 sur FL Studio. Puis sur une autre version crack d’Ableton cette fois ci que j’ai appris à maîtriser peu à peu.

On ne s’en rend pas forcément compte mais le home studio, ça coûte très vite très cher ! J’y suis allé par étapes : j’ai commencé par mon ordi, puis la carte son, puis un casque de monitoring éclaté, et un an après un clavier MIDI… Mais ça a été hyper formateur.

 

J’ai toujours trouvé beaucoup d’émotions dans la voix couplée à la musique électro.

 

Qu’est ce qui nourrit tes compos ?

Je dirais que j’ai 2 types d’influences. Le premier c’est tout ce qui est techno mélodique et le 2ème c’est la musique classique. Erik Satie par exemple a vraiment une vision de la musique en tant que boucle. Il compose tous ses morceaux au piano avec des boucles. C’est très minimaliste. 

Il y a aussi des artistes que je trouve émouvants comme Christian Lefleur qui mélange house mélo et techno mélo. J’aime bien aussi des artistes comme Pantha Du Prince, Moby et notamment l’album Destroy, Paul Kalkbrenner, Sébastien Tellier dans le côté très émotif et mélodique. Ces personnes là m‘ont marqué mais je ne sais pas si on retrouve ses influences en écoutant ma musique aujourd’hui !

Quel a été le processus créatif pour ton dernier single ?

Pour ‘Waiting for the Moon’, j’ai voulu une direction artistique un peu différente. Mes morceaux précédents sont plus de niche : un son techno progressive entre 8 et 9 minutes et assez loin de la musique de club. Ce sont des voyages introspectifs et c’est plus difficile de toucher un public large. Ensuite ça fait un moment que je voulais rajouter une voix sur mes morceaux. J’ai toujours trouvé beaucoup d’émotions dans la voix couplée à la musique électro comme chez Kalkbrenner par exemple. Sky and Sand sans voix le morceau serait beau mais n’aurait pas la même émotion. 

J’ai vraiment voulu que le morceau touche plus de gens. D’ailleurs j’ai eu des retours de personnes qui n’écoutaient pas forcément ma musique avant !

Pourquoi à ton avis ?

Parce que c’est un morceau plus léger avec des paroles, plus court. Mais je voulais que la voix reste un instrument, c’est pour cela qu’elle rentre à 2:30 et qu’elle n’est pas au centre du morceau.

Novopol à notre micro

Tu peux nous parler de cette collab ?

Bien sûr, j’ai collaboré avec Kenza Taleb une artiste marocaine que j’ai rencontrée en musicologie. Ça s’est fait assez naturellement, d’habitude chaque morceau prenait 6 mois à être produit, je les faisais tous en parallèle. ‘Waiting for the moon’, je l’ai fait en moins d’une semaine ! Tout est arrivé très vite entre la mélodie avec ce son de cloche, les accords…

J’ai écrit le refrain, le rythme et la mélodie, je lui ai présenté et elle a accroché ! J’avais déjà une idée de ce que je voulais mais elle m’a aussi fait des propositions que j’ai gardées. Tout était plié au bout de 3 heures ! Le lendemain j’ai finalisé le morceau et il est passé au mixage chez mon ingé son Théo Tsangary. C’est lui qui mixe et masterise tous mes morceaux depuis Le Monde Fleuri en 2021. J’ai beaucoup d’idées qui fusent, j’ai tendance à vouloir beaucoup en faire et Théo est quelqu’un qui m’aide à canaliser tout ça.

Tu crées toi-même les sons de tes morceaux ?

C’est moi qui crafte les sons, oui. Mais je ne suis pas encore du modulaire, ça on verra plus tard ça coûte encore un peu cher !  Je pars d’instruments virtuels vides sur Ableton et je travaille sur le sound design. Je suis dans une optique d’exploration intérieure et j’ai aussi envie que ma musique soit aussi une exploration extérieure.

 

Je prends aussi plaisir à sélectionner des morceaux des autres […] pour les coupler aux miens et arriver à vraiment proposer un voyage construit.

 

Quelle forme prend ton set live ?

Devant un public j’essaie de partir sur un DJ-set hybride. La plupart du temps je joue une moitié de morceaux à moi et l’autre moitié vient d’artistes que j’apprécie. Pour l’instant ce format me permet d’ouvrir le live musicalement, et d’élargir le spectre pour ne pas rester que dans mon énergie à moi. Je n'ai aucun problème à défendre ma musique en live. Pour autant je sais que je ne suis pas encore allé sur des terrains plus énergiques, et c’est quelque-chose que j’aime aussi apporter à une foule. Donc je prends aussi plaisir à sélectionner les morceaux des autres qui sont dans cette énergie-là pour les coupler aux miens et arriver à proposer un voyage vraiment construit.

Si je parle de DJ-set hybride c’est aussi parce que je me suis fait mon propre set up. Je n’utilise pas de platines DJ, j’ai un controller live que j’ai re-mappé en MIDI et ça me permet de rejouer différemment mes morceaux et ceux des autres. Je ne m’ennuie jamais je peux jouer 10 fois le même set live, il ne sonnera jamais pareil. Mais je sais qu’un jour je ferai du vrai live !

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

En plus de mon projet personnel, je fais des collabs avec pas mal d’artistes rap sur Lyon, notamment El Bobby. On a déjà sorti 2 morceaux ensemble, Propagande 1 et 2. On essaie d’allier des sonorités techno et rap parce que ça ne se fait pas beaucoup. On a pas mal de projets en cours qui ne sont pas sortis et on apprend encore à se connaître musicalement !

Propagande Nᵒ1 - El Bobby, Novopol

 

C’est aussi une manière de casser la solitude à laquelle tu peux être confronté en tant qu’artiste techno indépendant ?

Oui c’est très solitaire ! Entre le maquettage, le travail de promo en tant qu’indépendant … c’est vrai que la plupart du temps ça se fait seul devant son ordi et ça fait des grosses journées avec parfois assez peu d’interactions. Mais j’aime aussi le côté social de la musique, partager faire de la musique à plusieurs, je sens que ça fait la différence.

Dans mon projet personnel j’ai aussi une autre approche que j’utilise aussi dans mes collabs. Je me suis acheté un micro nomade et je pars capter la nature, la mer, les oiseaux. Après je le retravaille. Ça me tient à cœur d’incorporer des textures qui viennent du monde réel dans mes morceaux. Je trouve qu’une musique électro sans humanité c’est froid mais une musique naturelle sans électro parfois ça tape pas assez pour moi !

 

 

 

Tu te définis comme un alchimiste électronique. Qu’est ce que cela signifie concrètement ?

L’alchimie, c’est un courant qui essaie de faire le lien entre les opposés. Un peu comme le Yin et le Yang, le jour et la nuit… l’un ne peut pas exister sans l’autre. J'essaie de le traduire dans ma musique.
 

Novopol est à retrouver sur Instagram et aussi dans notre Playlist Découvertes

 

About the artist

Picture credits © Novopol